Cette jument ibérique de 8 ans est arrivée chez sa propriétaire actuelle rétive, plaquée haut, inconfortable. Elle marquait particulièrement de la gêne au galop à gauche par des coup-de-cul, et a progressivement refusé de prendre le galop à gauche, particulièrement au rassemblé. Elle présentait un accrochement de rotule connu, récurrent, signe en général d'une dysplasie du grasset, bien que les radios n'aient rien relevé d'anormal.
4 mois avant ma visite, elle s’est gravement blessée au jarret gauche : elle boitait fortement et ne parvenait plus à se relever.
Au moment de la séance, elle reprenait le travail à la longe. Elle était plutôt à l’aise à main droite, mais s'écarte ses cercles et fuit vers l'extérieur.
Ce que j’observe
La jument reporte davantage son poids sur le postérieur gauche (PG) et décharge le postérieur droit (PD). Cela se retrouve dans sa locomotion au niveau de l'avant-main, avec un antérieur droit qui assume plus de charge pour soulager le PD.
À la palpation, je retrouvais notamment une tendance à la rotation interne de l’antérieur gauche et à la rotation externe du postérieur gauche, dans une organisation globale des chaînes musculo-fasciales. Les articulations coxo-fémorale et grasset du postérieur droit présentaient, elles, des restrictions plus localisées en rotation interne et en adduction.
Le bassin me paraissait globalement dense et contracté, sans axe de restriction précis identifiable. Ce type de tension peut correspondre à une compensation installée, mais ne permet pas, à lui seul, d’en déterminer l’origine.
Le jarret gauche était épaissi. Les tissus restaient mobiles et semblaient encore en évolution. Je note ces sensations pour pouvoir les comparer lors d’une éventuelle séance ultérieure ; elles ne constituent pas un diagnostic.
Dans la vidéo, on voit le poids passer d’une épaule à l’autre, en lien avec une restriction fonctionnelle du coude. On distingue également, vue de derrière, une rotation externe du postérieur gauche, qui paraît se normaliser après les mobilisations.
L’accident n’explique pas tout
Le refus du galop à gauche précédait l’accident. C’est un élément important : il suggère que les difficultés observées lors de la séance ne sont pas apparues uniquement à la suite de la blessure.
Le galop rassemblé demande un effort important dans la charnière lombo-sacrée et sollicite fortement le postérieur gauche. La difficulté ancienne à prendre cette allure, combinée aux sensations relevées au jarret, m’a amenée à envisager deux épisodes distincts : une atteinte plus ancienne, profonde et proche des structures osseuses, et une atteinte plus récente, encore en évolution et plus superficielle. La densité du bassin pouvait, elle aussi, être antérieure à l’accident.
Ce sont des hypothèses de travail fondées sur l’histoire et les sensations de la séance, pas un diagnostic. Elles invitent surtout à ne pas réduire toute l’histoire de la jument à son accident de mars.
Retrouver confiance dans l’appui
Après une blessure et une période où un membre a été moins utilisé, le cheval peut avoir besoin de retrouver confiance dans ses appuis et de mieux percevoir son corps. La proprioception vise justement à l’aider à prendre conscience de ses membres et à repérer les mouvements qu’il peut réaliser sans se défendre.
Pour cette jument, un exercice particulièrement adapté aurait pu être des épaules en dedans avec une incurvation à gauche, au pas. Cet exercice sollicite le postérieur gauche, tout en gardant une allure lente et trois membres au sol. L’objectif n’est pas de forcer, mais de proposer un effort progressif et maîtrisé.
On peut demander seulement deux ou trois pas, puis relâcher complètement et féliciter. Une pause à l’arrêt dans l’attitude, suivie d’une reprise du pas, permet aussi de laisser à la jument le temps de trouver son équilibre. Bien sûr, l’exercice doit être adapté à son état et à l’avis du vétérinaire qui la suit.
Des exercices pour affiner la conscience corporelle
À pied, le franchissement de barres surélevées est un exercice de proprioception que j’apprécie. En longe longue, au pas et sans cavalier, le cheval prend le temps de choisir où poser chaque pied et de plier ses membres selon la hauteur des barres.
On commence simplement : trois barres au sol, à intervalles réguliers. Puis on augmente progressivement la difficulté : davantage de barres, une extrémité surélevée, une alternance de hauteurs, puis des barres décalées pour varier les distances. Le cheval doit pouvoir réfléchir et avancer à son rythme. Si possible, on cale les barres pour éviter qu’il puisse simplement les faire tomber.
D’autres expériences variées — sols différents, montées, descentes ou marche dans l’eau — peuvent également enrichir ses repères corporels, lorsqu’elles sont accessibles et adaptées.
Une autre astuce parfois utilisée consiste à poser, sans serrer, un morceau de ruban adhésif à hauteur de la châtaigne du membre que l’on souhaite aider à mieux percevoir. Le contact peut attirer l’attention du cheval sur ce membre. Ce n’est pas un traitement ni une garantie d’effet : il faut veiller à ne pas gêner la peau ou la circulation, et demander conseil en cas de doute.
Observer, mobiliser, accompagner
La séance a permis d’améliorer certaines restrictions fonctionnelles visibles dans la locomotion. Mais, compte tenu de l’histoire de la jument et des tissus encore mobiles au niveau du jarret, un suivi et une mobilisation régulière auraient été à envisager, pour éviter qu’une restriction ne s’installe durablement. Une reprise progressive devait aussi l’aider à retrouver confiance dans l’appui sur le postérieur gauche.
Le cavalier est le kiné de son cheval ; l’ostéopathe l’accompagne quand le corps a besoin d’un soutien supplémentaire.
L’observation au quotidien, un travail adapté et le suivi vétérinaire restent essentiels. En cas de boiterie ou de douleur, demandez d’abord l’avis de votre vétérinaire.